Stéphane Théri

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Artisan des mots, 

Écrivain, Auteur, Dialoguiste/Scénariste

 

BATACLAN !

 

Adaptation libre de texte de l'oeuvre de Anne-Marie Paris-Leroy ,

paru dans le Magazine Pas Vu, Pas Lu Numéro 7 (Janvier 2022).

 

Bataclan

 

Certaines larmes ne se voient pas, pourtant, elles vous brûlent de l'intérieur et plongent votre coeur dans une incandescence  si forte que vous finissez par en oublier votre corps. Meurtrie et isolée, votre âme se détache pour ne devenir subitement qu'indicible douleur, incommensurable sentiment d'impuissance.  Dépassée par un effroi de vie jusqu'à lors jamais rencontré, je m'incline de toute mon humanité en sachant que seul le divin pourrait me soustraire à cette souffrance imposée si brutalement et si injustement. Hommes, femmes,  enfants, conjoints, parents, frères et soeurs, amis, collègues de travail, simples voisins ou tristes témoins, nos coeurs battent à l'unisson de notre peine partagée. 

Qui suis-je pour avoir été épargnée ? Qui étiez-vous, qu'aviez-vous fait si ce n'est d'avoir eu le malheur d'être là, à cet endroit  mais au pire et au si inimaginable moment ? Toutes ses vies volées, ses coeurs brisées imprègnent mon esprit, accaparent mes pensées. Des visages et des prénoms défilent, s'entre-choquent, et puis plus rien que le bruit sourd des armes à feu, des cris, des scènes  de  panique, un grand chaos et à la fin, tant de vies volées, tant de corps meurtris et tant d'impuissance.  Je saigne et pour notre plus grand malheur, je dois conjuguer ce verbe  à toutes les personnes du temps présent. Comment, alors,  penser à demain, à croire à ce qu'il nous plait tant à tous de nommer 'l'humanité". La triste vérité de cette heure macabre est là et envahi tous les écrans. 
Quelque part, nous sommes tous morts parce que ce sont des humains qui ont attaqués et massacrés d'autres humains et parait-il, au nom d'un dieu.  Ma vie spirituelle est soudainement privée de toute ses parenthèses posées au gré de mes humeurs. Mes larmes sont si grosses, si lourdes, si brulantes qu'elles décomposent toute tentative de repli sur moi. Je respire et il me faut  pourtant faire mes heures. Toutefois, je ne peux que les dédier aux coeurs blessés et aux vies arrachées. 
 
Notre existence terrestre s'est brutalement détachée du reste de l'Univers pour transformer le miracle de la vie en cauchemar.  Mes pensées les plus noires m'empêchent de lever les yeux vers le ciel. Ma tête s'incline et mes yeux se ferment. Une chose me semble pour le moment, essentiel, faire le vide. Je veux retrouver la paix intérieur mais, sans oublier ce drame. C'est chose impossible. Je veux dire aux autres, je le veux de tout mon être. Je veux le crier aussi.  Une vision m'interpelle. Elle se met en place et prend toute sa dimension. Je ne vois à présent que des mains tendues, des hommes et des femmes dépassant leur peur pour porter secours, des pompiers et des policiers s'affairer pour sauver des vies. Si l'humanité a eu un instant et tout comme moi, le souffle  coupé, elle reprend ses droits et occupe à présent tout l'espace. Nous allons toutes et tous nous relever, nous aider mutuellement à non pas, oublier mais surpasser cette terrible épreuve. Nous allons nous retrouver et ensemble nous recueillir. A présent, les yeux fermés, je sais que je n'oublierai jamais. Je sais aussi que la haine n'a jamais eu et n'aura jamais le dernier mot . L'amour offre toujours le chemin le plus riche et emporte chacun de nous vers le meilleur de notre vie sur Terre. 

 

Stéphane Théri